Caroline Glorion tourne un film qui évoque le Père Joseph à Noisy-le-Grand

Eugen Brand : « Un moment historique »

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Bordeaux Saint-Jean, ses trains, son tramway. Bègles et ses rues bien alignées. Les igloos [1] et la soutane du Père Joseph. De la gare au « Camp de Noisy », ce 11 juin, il ne faut pas plus de 20 minutes en voiture.

Tout évoque Noisy 1960, mais tout nous ramène à la réalité du cinéma, de ce film qui se tourne à Bègles : les énormes caméras, le micro tendu au bout d’une longue perche, les assistants qui courent avec à la ceinture des adhésifs noirs et de couleurs, des clés, des pinces, des couteaux, les « armes » du bon ATD (comme Assistant à Tous Désirs… du Chef Opérateur et de la réalisatrice).

Caroline Glorion est aux manettes. Un mot d’encouragement aux figurants, qu’elle appelle par leur prénom, un signe au preneur de son, un sourire… « Moteur demandé »… « ça tourne »… « Action ». Trois ordres brefs qui se succèdent, déclenchant la reprise du tournage. Pour quelques minutes, parfois quelques secondes, jusqu’au cri de Caroline : « Coupez ». Cette fois, le jeu des acteurs était parfait, mais le soleil qui vient de percer les nuages gâche la prise de vue. Les images précédentes ont toutes été enregistrées sans soleil. Il faut donc attendre que l’astre de lumière se cache de nouveau, pour pouvoir faire de bons raccords au montage !

Avec Eugen Brand, Délégué Général d’ATD Quart Monde, Isabelle Perrin, Déléguée Générale adjointe, et les journalistes invités à cette journée par les producteurs des « Films de la Croisade », Emmanuel Giraud et François Drouot, profitons-en pour nous rapprocher des acteurs et figurants. Et glaner quelques échos.

James Avril, de Libourne : « Je suis très content d’être dans ce film. Ici, il y a bon esprit entre tous. On tourne comme en famille A Libourne, il y a la Dalle [2] et la phrase du Père Joseph. Mais elle ne bouge pas. Le film, ça va bien montrer le Joseph Wresinski en action. C’est vraiment émouvant de le découvrir. Moi, je connais ATD Quart Monde, je participe à des maraudes, j’essaie de rendre service, mais je n’imaginais pas que le Père Joseph avait fait tout ça. Ce qui m’a le plus touché, c’est la scène où on voit que des enfants vont être placés. La dame qui joue le rôle de la maman, c’est sa vie qu’elle joue. Elle aussi a eu des enfants placés. Je souhaite que plein de gens voient ce film. Je pense qu’on va nous donner le DVD. Je le montrerai à ma famille, à tous mes amis. »

Françoise Hamel, de Bordeaux, se joint à la conversation : « Il y a longtemps que je suis à ATD Quart Monde, mais je ne connaissais pas le Père Joseph. Je suis très fière de jouer dans ce film. Je suis Mme Dubois. C’est un vrai rôle, car je fais des répliques, notamment au Père Joseph. ATD m’a aidée à supporter les aléas de la vie. Maintenant, j’anime un groupe Tapori [3]. En tout cas, le Père Joseph est toujours d’actualité. Il y a beaucoup trop de familles qui n’ont pas de logement, pas de travail. Mais ATD ce n’est pas l’assistance. On doit agir ensemble. »

Jacques Weber, le comédien, n’a pas été choisi à cause des initiales de son nom. Il avoue avoir un peu hésité avant de répondre à Caroline : « Je ne suis pas Joseph Wresinki. J’avais très peur. Moi qui suis athée, je suis bluffé par personnage du Père Joseph. Caroline m’a fait lire et écouter ce qu’il a dit, ce qu’il a écrit. C’est magnifique. Ce qui est formidable aussi, c’est l’osmose, la capillarité entre les acteurs et les non-professionnels. Il se dégage d’eux beaucoup de dignité. C’est ça qui donne sa valeur au film. Si on n’a pas ces non-professionnels, ces militants Quart Monde, on ne peut pas faire ce film. »

Anouk Grinberg approuve : « Ils sentent qu’on raconte leur histoire. Pour nous, ce sont vraiment des personnes, des partenaires. Notre boulot, c’est de faire oublier qu’on est des acteurs. Sur ce film, l’autorité de Caroline vient de cette autre manière d’être ensemble, qui n’est pas la manière de tous dans notre société… »

Eugen Brand et Isabelle Perrin ont beaucoup apprécié tout ce qu’ils ont vu et entendu. Ils ont répondu aux questions des journalistes, certains étant venus spécialement de Paris. L’un d’eux demanda si c’était un film ATD Quart Monde. Réponse d’Eugen Brand : « Non, ce n’est pas un film ATD Quart Monde et nous en sommes très heureux. Nous considérons comme une chance que d’autres aillent à la rencontre du Père Joseph Wresinski. Cela signifie que sa pensée et son combat ont un rayonnement bien au-delà du Mouvement. Nous avons entièrement confiance en Caroline Glorion qui a connu le Père Joseph et qui connaît bien le Mouvement. La nouvelle de ce projet de réalisation a créé beaucoup d’enthousiasme parmi les défenseurs des droits de l’homme et de l’égale dignité, parmi ceux et celles pour qui ce qui a commencé à Noisy-le-Grand en 1957 constitue une nouveauté. C’est comme Rosa Parks qui va s’asseoir à l’avant du bus à Montgomery [4]. L’acte du Père Joseph est du même ordre. Il signifie qu’on ne peut plus dépendre des autres, que notre liberté est dans notre engagement envers ceux qui ont la vie encore plus difficile. Il exprime que ce n’est plus possible que l’humanité continue d’agir et de penser à la place de ceux qui sont confrontés à l’extrême-pauvreté. Ce film est très attendu partout et certainement dans des lieux comme Haïti où les gens sont confrontés au même défi que celui de Noisy-le-Grand en 1957, celui de commencer un projet de société au coeur de la plus grande urgence. Pour les défenseurs du refus de la misère, c’est un moment historique. »

François Phliponeau


[1] Abris provisoires en fibro-ciment dans lesquels vivaient les 252 familles du camp des sans logis à Noisy-le-Grand, près de Paris, dans les années 1960.

[2] Reproduction de l’appel aux défenseurs des droits de l’homme gravé le 17 octobre 1987 sur le parvis du Trocadéro à Paris.

[3] Branche enfance d’ATD Quart Monde.

[4] Couturière noire américaine condamnée à une amende parce que, en décembre 1955, elle a refusé de céder sa place de bus à un passager blanc à Montgomery aux États-unis, comme l’exigeait l’exigeaient les lois raciales. Un pasteur de 26 ans alors inconnu, Martin Luther King, a lancé une campagne de protestation qui a abouti en novembre 1956 à la suppression de la ségrégation dans les bus.

Mis à jour le vendredi 16 juillet 2010
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  • 27 juillet
    09:47
    Eugen Brand : « Un moment historique »

    Bonjour,

    Merci de l’intérêt que vous portez à ce film.

    Bertrand, le film dont vous avez vu la programmation pour le 15/10, est un documentaire réalisé par Caroline Glorion en 2007. Il a en effet été diffusé en 3ème partie de soirée à l’occasion de la dernière journée mondiale du refus de la misère. Cependant, il est important de noter que c’est la dernière programmation en date d’une longue série : depuis le 16/10/2007, ce documentaire a été diffusé à de nombreuses reprises en première, deuxième et troisième partie de soirée, sur France 3, France 5, France 2 et La Chaine Parlementaire. La fiction sur Joseph Wresinski doit être diffusée sur France 3 à 20h30, et elle tient visiblement à coeur aux responsables de France Télévision. Nous publierons la date de diffusion sur ce site dès que nous en aurons connaissance.

    Fruhinshloz, nous ne connaissons pas pour l’heure le budget du film. Notamment parce qu’il n’est pas fini : il est en cours de montage. L’information sera probablement dans un prochain numéro de Feuille de Route. En attendant, comme vous l’avez peut-être lu, sachez que beaucoup de choses ont été mises en oeuvre pour que des personnes qui vivent la grande pauvreté puissent contribuer au film : ateliers d’insertion pour les costumes et les décors, figurants… Ceci semble vraiment essentiel pour un film qui cherche à retracer le combat de Joseph Wresinski.

    Cordialement, Typhaine Cornacchiari pour ATD Quart Monde France

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  • 27 juillet
    05:57
    Programmation du film
    par Bertrand

    J’ai regardé sur le site de France 2 pour connaître la date de passage de ce film : il sera diffusé le jeudi 15 octobre 2010… à 0h10 ! Autant dire que le Quart Monde n’est pas trop la priorité de France 2. Je suis consterné.

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  • 22 juillet
    12:45
    Eugen Brand : « Un moment historique »
    par Fruhinsholz

    Bonjour, je viens de lire dans "Feuille de route Quart Monde" les informations sur le film consacré au Père Joseph. Je soutiens financièrement ATD de façon modeste depuis des années et ai toujours éprouvé en tant que Chrétien Protestant une grande admiration pour ce prêtre qui (contrairement à une grande majorité de prêtres actuels et de leur hiérarchie) , avait renoncé au confort pour vivre l’Evangile au plus près des personnes démunies et éloignées de l’Eglise (comme une minorité de prêtres dont les prêtres ouvriers, mariés ou pas, que Rome a combattu). En ce qui concerne le film (qui sera télévisé si j’ai bien lu), je me demandais combien il avait coûté et si les acteurs avaient été raisonnables dans leurs cachets. En effet j’ai appris hier soir en écoutant Nicolas Guillou qui venait présenter hier soir dans notre ville son dernier film "Entre nous deux", qu’il avait coûté seulement 640.000 euros (dont 75000 ont été versé par souscription), soit le 1/10ème d’un budget moyen ! Savez-vous qu’en sera-t-il pour celui de Caroline Glorion ? Fraternellement Edmond de St André de Cubzac (33240)

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